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Histoire de villages


Entre lumières du Beaufortain et ciselures de la Vanoise, étagées au fil de pentes ou nichées en fond de vallée, six communes de Tarentaise partagent depuis juin 1972 un destin commun sous le nom de « La Léchère » : Notre-Dame-de-Briançon, Pussy, Celliers, Petit Cœur, Doucy, Naves.
Dans leurs ressemblances et leurs singularités, elles poursuivent, au cœur des Alpes, entre douceurs du Col de la Madeleine et neiges du Quermoz, une aventure qui trouve ses racines dans le même socle historique.



L’occupation romaine…

L’occupation romaine cimentera une première identité commune en latinisant les noms des villages : Celliers tire son patronyme de la «cella» latine, «grange», «grenier» ou «lieu de provisions». Le bas latin «Briga», «Brigantione», (lieu habité sur une hauteur) donnera son nom à Briançon.
Doucy cherche son origine dans le nom d’un propriétaire romain «Ducius», de même que Pussy dans celui de «Pussius». «Cor», (exploitation rurale), dérivera en Cœur et Petit Cœur tandis que «Nava» (plateau), forgera l’étymologie de Naves. De part et d’autre de la voie romaine qui sillonne dès 45 avant J.C. le fond de vallée et enjambe le pont romain de Briançon, ces villages partagent leur quotidien entre agriculture, élevage et commerce.

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Bientôt, la christianisation du 4ème siècle débaptisera ces lieux, en essaimant au fil des chemins, églises et chapelles de la nouvelle religion. On vit naître à l’ombre des clochers des vocables nouveaux : Notre-Dame-de- Briançon se colora du nom de son église dédiée à la Nativité de la Vierge, Cœur s’accolera au nom de son saint-patron Eusèbe, tandis que Ducius, Nava, Pussius et Cella modifieront leur évolution syntaxique en Doucy, Naves, Pussy, Celliers.

 

 Au Moyen-Âge…

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On entra doucement dans la grande nuit du Moyen-Âge qui posa çà et là, châteaux et tours fortifiées.Ainsi naquirent le fameux château en nid d’aigle de Notre-Dame-de-Briançon ou le donjon de Petit Cœur par le biais desquels les «seigneurs de Briançon» justement baptisés «Portiers des Alpes», contrôlent le principal axe de passage alpin jusqu’au 11ème siècle. Les 12ème et 13ème siècles firent passer nos communautés sous la domination des Comtes de Savoie plus tard Rois de Piémont Sardaigne

C’est sous cette entité nouvelle que se forge la première grande aventure humaine des six communes : la fructification de la terre, socle de vie des communes d’autrefois.

Depuis les propriétés morcelées des basses vallées jusqu’au moindre lopin étagé en pentes ardues, un petit peuple paysan donne aux montagnes le visage d’un pays à vivre et à aimer. 
Petits murs de pierre patiemment édifiés, sillons méticuleusement labourés témoignent de cette intense vie rurale qui s’écoule entre sillons féconds et prairies lumineuses des alpages. Habiles à l’ouvrage, les paysans locaux laissèrent également l’empreinte profonde de leur foi à la patine des bois anciens ou sous l’or de l’art baroque.

Témoins superbes, églises et chapelles ponctuent aujourd’hui les places des lieux. Ainsi furent peaufinées les couleurs intérieures de la magnifique église baroque de Naves Fontaine, récemment restaurée par les beaux-arts, ou les dorures du maître autel de Doucy.

 

La Révolution…

Au crépuscule du 18ème siècle, les communes de La Léchère vont traverser les tourmentes révolutionnaires et rejoindre pour un temps sous le vocable de «Département du Mont-Blanc» les destinées de République française.
En septembre 1792, les armées françaises pénètrent en Tarentaise, semant innovations sociales et conscriptions forcées, débaptisant les communautés à consonance religieuse. Ainsi, Saint-Eusèbe de Cœur, devint «Petit Cœur», Notre-Dame-de- Briançon, «les Cols». 

À l’orée de 1815, la fin de l’empire napoléonien sonna le retour des six communes dans le giron Piémontais.
Et le 19ème siècle coula tranquillement dans le quotidien des campagnes. Labeurs rythmés par les saisons et les jours hachés de migrations vers Paris où l’étranger en quête de pain. On vit ainsi partir de Notre-Dame-de-Briançon, Celliers ou de Doucy, colporteurs, ramoneurs ou frotteurs de parquets tandis que Naves dépêchait aux belles maisons parisiennes bonnes et domestiques.

 

 Un air de modernité…

L’annexion par la France en 1860, marque un tournant majeur dans l’économie locale. S’amorcent pour ces communes deux nouvelles aventures économiques qui vont modifier en profondeur les quotidiens de vie. En 1897, à la suite de la découverte à Lancey de la «fée électricité», Notre-Dame-de-Briançon entre dans la modernité avec la création de l’une des premières usines chimiques de France : «les Carbures métalliques». L’eau des torrents canalisée devient feu et le feu acier, carbure et carbone. S’élèvent fours et cheminées, naissent quartiers ouvriers dans un fond de vallée qui relègue son avenir agricole au grenier. On vient de partout chercher à Notre-Dame le pain et l’espoir qui manquaient aux pays lointains. Italiens, Grecs, Espagnols, Polonais, Yougoslaves, s’installent aux lisières des usines et métissent les cités.

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La population explose sous la montée industrielle. Petit Cœur qui s’enrichit d’une nouvelle usine de ferro silicium en 1928, grimpe de 200 habitants en 1920 à 731 en 1936. Notre-Dame-de-Briançon dépassera le millier d’habitants à l’orée des années quarante alors qu’elle n’en comptait que 300 au début du siècle.

Au fil des pentes naît le phénomène original de «l’ouvrier paysan» qui attire quotidiennement agriculteurs de Naves, de Celliers, de Pussy ou de Doucy autour des fours. Au terme de deux à quatre heures de marche éprouvante au fil des sentiers, les ruraux locaux partagent leur temps entre sillons et cheminées. 

Progressivement, les hameaux du haut perdent des tuiles tandis que gonflent les pays du bas comme Petit Cœur. Au gré du siècle, les productions se diversifient entre CISA, SERS et plus tard UCAR. On affine sous les savoirs faire habiles un carbone et un graphite dont les applications se retrouvent dans la sidérurgie, l’électrométallurgie ou le nucléaire. Petit Cœur élabore un silicium qui nourrit le métal des voitures du monde entier et les cellules photovoltaïques du futur.

 

 Les trésors de la nature…

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À cette nouvelle orientation industrielle s’ajoute parallèlement un avenir thermal avec la découverte fortuite des eaux de la Léchère en 1869. Dès 1897, naît un établissement de bains qui s’oriente vers les soins phlébologiques et rhumatologiques. En 1926, sous l’impulsion de la famille Stern, la station acquiert une renommée internationale avant de rejoindre le sillage des collectivités locales et de prendre en 1987, le visage d’un grand pôle thermal. Les Jeux olympiques de 1992 enfantent en ces lieux le Centre de presse international qui offrira au terme de sa reconversion de nouveaux espaces d’accueil à la station.

Il restait à compléter la quadrature économique locale par la définition d’un nouveau futur touristique. Les fabuleuses potentialités des versants, la splendeur du cadre naturel, offrira au tourisme d’hiver la station de Doucy-Combelouvière qui s’équipe dès les années 80, et les superbes étages de la station de Naves où alternent entre 600 m et 2296 m au Quermoz toutes les couleurs de la grande randonnée à ski ou pédestre. On y vaque entre flore méditerranéenne et polaire, découvrant ça et là, au fil des balades de toutes saisons, richesses du patrimoine et rencontres humaines authentiques. Même image de tourisme doux à Celliers, «Paradis de la randonnée », sous les crêtes majestueuses de la Lauzière et de son grand Pic (2823m). Le hameau s’est trouvé un nouveau futur avec la construction d’une télécabine qui le relie aux grands espaces de la station de Valmorel.

 

 

Histoire d’hommes

L'histoire de 2 personnages illustres de la commune

 

Ambroise Croizat, père de la Sécurité Sociale 
(1901-1951)

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Ambroise Croizat naît un 28 janvier 1901, dans la cité ouvrière des Maisonnettes de Notre- Dame-de-Briançon. Son père, Antoine, manœuvre à l’usine des "Carbures Métalliques" de la localité, sera un des premiers syndicalistes de Tarentaise. Auteur de la grande grève de 1906, il est contraint de quitter la commune pour Ugine, puis Lyon. Ambroise grandit alors à Vaise où il est embauché à l’âge de 14 ans dans une robinetterie. Il adhère très tôt à la CGT dont il est un militant actif. Dès le Congrès de Tours en décembre 1920, il adhère au Pcf et s’affirme comme le principal leader de la jeunesse communiste Rhône alpine ; nommé secrétaire de la Fédération des métaux CGT, il devient l’un des artisans du Front Populaire.

Élu député du 14ème arrondissement de Paris, en mai 1936, il est présent aux Accords Matignon qui prévoient l'attribution des premiers "congés payés" et de la "semaine de quarante heures". 

Il laissera également son nom au bas de la loi instituant les conventions collectives. Arrêté à l’aube de la guerre, il connaîtra 17 prisons en France avant d’être déporté par le régime de Vichy au bagne d’Alger. Libéré le 5 février 1943, il rejoint le général de Gaulle et entre dans la Commission Consultative du Gouvernement provisoire de la République française.

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De retour en France à la Libération, il est nommé Ministre du Travail et de la sécurité sociale, poste auquel il forgera, de novembre 1945 à mai 1947, les plus grandes inventions sociales initiées par le Conseil National de la Résistance. Bâtisseur de la sécurité sociale, il sera parallèlement l’auteur des lois de généralisation des retraites ou celles instituant les comités d’entreprises, la médecine du travail et le statut des mineurs. Il meurt à Suresnes le 10 février 1951. Enterré au cimetière du Père Lachaise à Paris, près d’un million de personnes accompagnent son cortège.


 

Michel Guméry, député à la Convention…
(1759-1809)

Enfant de Celliers, Michel Guméry voit le jour le 17 avril 1759 au cœur d’une petite famille paysanne de ce village lové dans l’écrin de la Lauzière. Il connaît très tôt, comme les enfants d’alors, l’âpreté des travaux de champs et des alpages. Après de brillantes études à Chambéry, il entre au barreau de la ville comme avocat. Il professe aux chaires des tribunaux d’Albertville et de Moûtiers. Il brigue le poste de syndic (futur maire) de la cité tarine et très vite s’engage dans les mouvements qui propagent en Savoie les nouvelles idées des Lumières. La Savoie, fragment du royaume de Piémont Sardaigne, vit alors sous "le joug de Turin" et il est de nombreuses voix pour réclamer l’abolition de royauté et la volonté de suivre l’exemple révolutionnaire français.
À l’automne 1792, les armées révolutionnaires françaises dirigées par le général Montesquiou pénètrent en Tarentaise, annexent la Savoie qui devient le 84ème département français sous le nom de "Département du Mont-Blanc". Michel Guméry est élu député des "Allobroges" à la Convention et siége aux côtés des grandes figures de la Révolution, Robespierre, Danton et autres Saint-Just. Dans les travées de l’Assemblée qui siège au Manège puis aux Tuileries, il fait régulièrement entendre sa voix pour améliorer les infrastructures de sa vallée et répandre l’instruction dans les villages. Il reste néanmoins un député très modéré et refuse de voter la mort de Louis 16, exécuté à Paris le 21 janvier 1793. Il est parmi les 334 députés qui s’élevèrent contre la sentence et mérita pour cela de la part de Robespierre le qualificatif célèbre de "Bœuf Rétif du Mont-Blanc". En 1797, à la fin de sa mandature à la députation, il revient en Tarentaise où il occupera successivement les fonctions de conseiller général du canton de Moûtiers et directeur du futur lycée de la ville.
Il meurt le 6 février 1809, à l’âge de cinquante ans.

 

Rédigé par Michel Etiévent